C’est par un beau jeudi ensoleillé que bibliothécaires, animateurs de tout poil et autres documentalistes venus de toute la Bretagne se sont réunis à Soye, près de Lorient.
Les Journées de Formation Pédagogique BD ont pour but d’initier ou d’appronfondir les connaissances de l’outil Bande-Dessinée comme support pédagogique. (voir compte-rendu de la 5ème journée)
Le thème de cette 6ème journée était l’album Un Homme Est Mort (chez Futuropolis), de Kris (scénario) et Davodeau (dessin), inspiré du film du même nom réalisé par René Vautier traitant du milieu ouvrier à Brest, de la mort d’Edouard Mazé, de l’après-guerre, de la difficulté de la reconstruction, de revendications sociales sous fond d’émeute et de bavure avec une large part auto-biographique.
L’album n’est pas exactement le film en BD mais plus l’aventure de Vautier et de son film lors de ces événements Brestois.
-Matinée :
Accueil convivial par Erwann et Emmanuelle -de la Ligue de l’Enseignement- et Jean-Marc Paous, de Jeunesse et Sports.
Une visite de Lorient (abri sous-terrain, îlots immobiliers issus de la reconstruction,…) nous a permis de se mettre dans le bain. Explications sur les conséquences de la guerre (Lorient a été rasée à plus de 80%), la difficulté de la reconstruction et surtout la vie de la population à cette époque. Un intéressant parallèle avec Brest, ville comptant de nombreuses similitudes avec Lorient et théâtre des événements d’Un Homme Est Mort.
Puis, au château de Soye, visite d’une des dernières baraques en bois, bâtisses sommaires et provisoires ou logeaient les gens en attendant que les longs chantiers se terminent.
A midi, comme il faisait beau : pique-nique. Où tout le monde en profite pour faire connaissance.
-Après-midi :
Un tour de table permet à tous de se présenter et la conférence commence.
Les invités René Vautier et Kris répondent aux questions et expliquent les coulisses de la collaboration établie pour « adapter » le film/témoignage en Bande-Dessinée.
René Vautier, témoin et acteur (par son film, justement) de tout un mouvement social porté par le milieu ouvrier Brestois et les syndicats se révèle intarissable et fervent défenseur de la transgression (bénéfique pour le spectateur/lecteur) des barrières entre les arts, notamment BD et Cinéma, qui sont forcément complémentaires.
La perpétuation de son film disparu et de son message à travers un support BD est la preuve que la BD n’est pas qu’un outil de divertissement et peut être vecteur de valeur très forte.
« Il y a un public pour la BD engagée ! » clame René Vautier, mettant le point sur les divergences entre les intérêts financiers et artistiques et explique que » la bande-dessinée reste assez maîtresse de ses réseaux de distribution », ce qui permet de porter des projets plus amibitieux et pas forcément à la mode.
Kris, entre deux tirades de Vautier, réussit à nous témoigner du travail (4 ans !) qu’à nécessité l’album. Entre respect de l’auteur et témoin originel, ne pas refaire un film sur papier et l’épineux problème de traiter la réalité historique et les témoignages à travers la censure, c’est le rapport entre la vérité et l’interprétation des faits ainsi que la marge laissée à l’artistique qui se dévoile.
Un vrai casse-tête parfois, en témoigne la page 14 de l’album qui a necessité 4 versions avant de mettre tout le monde d’accord. Et qui pourrait même dans le futur être remise en cause si d’autres témoignage étaient retrouvés. L’illustration d’un passé qui ne s’éclaire que longtemps après.
L’impact d’un album comme celui-ci, au-delà de « l’emballement parisien inattendu » (dixit Kris) est bien entendu son impact culturel, loin de considérations politiques ou financières.
« Utiliser les instruments qui existent pour se réapproprier les messages, transmettre la culture populaire ! » dit René Vautier, illustrant son propos à coups d’anecdotes éloquentes sur son aventure avec des enfants et un bébé phoque qui a donné un film qui -faute de diffusion- a laissé le relais au dessin narratif.
Comme quoi, une oeuvre n’existe que si elle atteint le public et peut donc exister hors d’un cloisonnement artistique (ou la contrainte d’un medium), le but étant de partager et proposer un autre lecture de notre propre culture,hors des sentiers académiques ou des médias de masse. » Notamment pour les enfants, mais pas seulement !«
Retour sur l’album en lui-même.
L’aventure humaine née de ce travail s’est vue, comme l’explique Kris, agrémentée d’une touche mystique car une minute figée du film de René Vautier fait apparaître un homme qui lui ressemble étrangement. Le grand-père du scénariste figure aussi dans le film.
La journée se finissant, tout le monde est parti la tête pleine d’image, le coeur plein d’émotions ( les poignants témoignages de René Vautier…) et l’envie d’aller encore plus loin dans l’univers de la BD qui, on le voit, dépasse de loin le simple cadre d’un album sur un étal.
La prochaine journée comptera comme invité soit Cyril Knittel (les Orphelins) soit Bruno Le Floch (Trois éclats blancs,…)


[...] Compte-rendu de la 6ème journée. [...]